Orienter : donner un nord commun
Le droit ne dit pas à chacun comment vivre sa vie. Il fixe des repères communs à l’intérieur desquels chacun peut agir. Deux personnes peuvent avoir des projets opposés et savoir pourtant, l’une comme l’autre, qu’un contrat produit des effets (l’article 1103 du Code civil dit que les contrats légalement formés « tiennent lieu de loi » à ceux qui les ont faits) ou qu’un dommage peut engager une responsabilité.
La Déclaration de 1789 le formule à sa manière : « La loi est l’expression de la volonté générale » (art. 6). Le droit transforme une multitude de volontés individuelles en un espace commun de règles.
Pour moi, le droit n’est pas une destination. C’est le langage commun qui permet de se comprendre avant même de se croiser.
Code civil, art. 1103 ; Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, art. 6.
Protéger : savoir sur quelles règles compter
Une boussole n’est utile que si l’on peut s’y fier. Le droit protège d’abord contre l’arbitraire : on sait ce qui est permis, ce qui est interdit et ce que l’on risque. L’article 16 de la Déclaration de 1789 va jusqu’à dire qu’une société où la garantie des droits n’est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, « n’a point de constitution ».
Pour qu’un repère protège vraiment, il faut aussi des institutions et des sanctions capables de le faire respecter. Quelqu’un, quelque part, est chargé de faire tenir la règle.
Ces protections ne sont pas tombées du ciel. Des gens se sont battus pour les obtenir et se battent encore pour les défendre. Y penser change mon regard sur la moindre loi.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 1789, art. 16.
Limiter : faire coexister les libertés
Kant en donne la formule la plus nette : le droit est l’ensemble des conditions sous lesquelles la liberté de l’un peut s’accorder avec celle de l’autre selon une « loi universelle de la liberté ». La boussole ne m’empêche pas de choisir ma route ; elle me rappelle que ma route ne doit pas rendre la vôtre impossible.
C’est aussi la logique de l’article 1240 du Code civil : celui dont la faute cause un dommage à autrui doit le réparer. La limite n’est pas là pour punir pour le plaisir, elle organise les relations ordinaires.
Oui, le droit m’impose parfois des limites, et je peux être sanctionnée si je les franchis. Mais sans limites communes, ce serait la liberté du plus fort, pas la mienne.
Kant, Métaphysique des mœurs, Doctrine du droit (1797), Introduction, § B ; Code civil, art. 1240.
Évoluer : une boussole que l’on recalibre
Aucune boussole ne prévoit les paysages que traversera son voyageur. Aucune loi ne prévoit toutes les situations qu’une société rencontrera. Portalis l’admettait dans son Discours préliminaire (1801) : « Les codes des peuples se font avec le temps », et le juge doit pouvoir intervenir là où le législateur n’a pas tout prévu.
Le droit est donc à la fois stable, pour sécuriser les relations, et souple, pour répondre à des situations nouvelles. La jurisprudence en est l’un des ajustements les plus visibles.
C’est ce qui me rassure : le droit peut être corrigé. Il s’améliore d’année en année, parce que des citoyens, des juges et des législateurs le remettent en question.
Portalis, Discours préliminaire du premier projet de Code civil (1801).